L'association GRAND LARGE a participé à la 14e édition du Raid Thaï du 15 au 25 novembre 2006. Ce raid sportif au cœur du triangle d'or de la Thaïlande du nord était une nouvelle occasion pour
nous de décliner nos valeurs ;
§ Le sport : 125 km en cinq étapes à travers les pistes ravinées et les villages isolés du nord thaïlandais avec 5000 mètres de dénivelée positive et des grimpettes à 25% (mais si c'est possible
!!!)
§ Le partage : 3 handisports montés sur leur joëlette ont partagé l'aventure poussés et tirés par une équipe sur-vitaminée par l'excellente cuisine thaïlandaise.
§ L'échange : les écoles de villages isolés accueillaient les étapes du Raid Thaï. C'était l'occasion pour GRAND LARGE d'offrir des fournitures scolaires, vêtements, jouets... Une grande émotion
à l'occasion du don d'un fauteuil roulant à un jeune adolescent qui jusqu'alors n'en avait jamais eu. De même 4 ordinateurs portables ont été offerts aux instituteurs des 4 écoles visitées.
§ La culture : accueil chaleureux et toujours avec le sourire des tribus Mhong, Karen, Lisu, et Akha qui vivent et travaillent encore en autarcie, dans leur costume traditionnel, les femmes âgées
chiquant le bétel qui leur donne les dents rouges, les enfants intrigués par la joëlette et notre périple en total décalage par rapport à leur vie quotidienne.
En somme, une vraie aventure.
Toutes les images et reportages sur le site du Raid Thaï : http://www.raidthai.org/
Voici mon ressenti personnel :
Nous alignons trois équipes GRAND LARGE,
§ Une sur le parcours long. 125 km en 5 étapes dont une départ de nuit. Wesley est capitaine de joëlette.
§ Une sur le parcours court 75 km en 5 étapes. Philippe est maître à bord.
§ Une sur le parcours court en marchant. Angélique est leur marquise des anges.
Une troisième joëlette venue de Lille s'aligne également sur le parcours long. Rolande est le coach.
Au total, nous sommes, 42 coureurs dont trois handisports, 19 marcheurs dont un handisport, 4 VTT, et 16 personnes de l'organisation dont 2 médecins et 5 kinés.
Mon équipe est composée de sept coureurs et Wesley, notre capitaine, juché sur sa joëlette, porte le numéro 1. Son mot d'ordre, en haut de chaque bosse sera : « voilà, ça c'est fait »
Nous avions décidé de comptabiliser le nombre de ses tirades mais nous avons très vite abandonné. Wesley qui habite la résidence spécialisée de la ferme du château à Menucourt est le fiancé
d'Angélique. Ils ont pris pour la première fois l'avion alors imaginez pour tout le reste, c'est dire si c'est une aventure...
Après notre arrivée à Bangkok et l'après midi de visite, nous prenons le train de nuit pour le Chiang Maï au nord. Puis transfert en taxis brousse pour le premier village lieu de départ de notre
première étape.
Le bivouac installé, nous avons droit à une cérémonie de bienvenue présentée par les enfants de l'école du village. Grand Large procède ensuite à la première remise de fournitures scolaires,
vêtements et autres jouets. Un ordinateur portable est offert à l'instituteur et celui-ci distribue solennellement une peluche à un petit bonhomme trop mignon. Je suis obligé de mettre mes
lunettes de soleil malgré la nuit tombée pour cacher l'humidité de mes yeux. Cette peluche appartenait à Mathilde et je suis heureux de voir qu'elle a une deuxième vie désormais.
L'émotion passée, nous nous installons à même le sol, à la lumière de nos frontales, pour déguster le délicieux et copieux repas mitonné par l'équipe de cuisiniers Thaï qui nous suivra tout au
long de notre parcours. Un moustique vorace et gros comme un avion me rappelle de ne pas oublier d'avaler mon premier antipaludéen et de me badigeonner de répulsif.
1ère étape : 24 km. D'après Marco qui est un habitué des raids, la première étape est en général une mise en jambe, de courte durée et sans difficulté.
Nous avons tous vite compris que ce raid n'était pas comme les autres. Après les six premiers kilomètres plats sur une piste bien tracée, nous voilà devant un mur de 10% de moyenne qui s'étend
sur ... 2 km.
Heureusement et au préalable nous avons mis un point d'honneur à enrhumer l'équipe des bleus de Rolande. Non mais des fois !!!
Grand bien nous a pris. Le sentier devient très étroit et raviné et la pente est raide au point que nous sommes tous les sept autour de la joëlette à pousser et tirer. D'entrée, le ton est donné
et nous comprenons qu'il va falloir rester forts dans nos têtes comme dans notre esprit de groupe.
Après le premier ravitaillement à mi-course, le road book annonce : « une grosse descente suivie d'une grosse montée avec arrivée en altitude » Nous réalisons à ce moment là qu'en définitive tout
le raid sera à l'image de cette phrase, une succession de montées et de descentes. Nous sommes en Thaïlande du Nord, région montagneuse où il ne neige jamais, ce qui ne nécessite pas de traçage
de piste en longs lacets réguliers comme dans nos contrées. Ici, les pistes sont en lignes droites avec une pente directement proportionnelle à celle de la montagne. En revanche, le paysage est
grandiose. Chaque passage de col à travers une forêt dense et luxuriante, s'ouvre sur vue panoramique GRAND LARGE. Parfois, une trouée dans la forêt dévoile un village perdu ou une rizière où la
culture est totalement manuelle. Les gens, toujours souriants, nous regardent intrigués par notre caravane incongrue. Les buffles paissent tranquillement, nullement dérangés par notre
équipage.
Le terme de grosse descente n'est pas trop fort. Nous passons de 1000 mètres à 800 en deux kilomètres soit une pente à 15% glissante parce que très humide et instable (la mousson vient de
s'achever un mois plus tôt) Le frein bloqué et les sept athlètes de très haut niveau (n'oubliez pas que nous sommes en montagne) arc-boutés vers l'arrière ont du mal à retenir la joëlette. La
tension est à son comble dans tous les sens du terme. La montée qui suit est le remake de la descente mais à l'envers. Nous avons un passage annoncé à 19% qui nous oblige à nous arrêter un
moment, le cardio annonçant des chiffres que la décence ne me permet pas de communiquer. L'altimètre passe de 900 à 1160 mètres en 1 km, soit 26%. Enfin nous franchissons la ligne d'arrivée.
Wesley n'en revient pas et nous non plus. Il nous a fallu 3h27 pour rallier l'arrivée. Dénivelée positive de 935 mètres.
Nous sommes soulagé de voir que nos deux autres équipes et que tous les autres participants finissent fatigués mais heureux.
2ème étape : 24 km. Nous partons de 1140 mètres pour une arrivée à 700 mètres. Sur le papier, c'est une étape de transition avant celle annoncée comme dure du lendemain. En réalité, elle n'est
pas de tout repos mais par rapport à celle de la veille, elle est plus roulante même si entre le départ et l'arrivée nous avons droit à ce que nous baptisons comme des « descentes Thaï » Une
succession d'ascensions et de descentes mais de tendance baissières. Le temps est de 2h58, la dénivelée de 490 mètres.
Notre deuxième équipe qui court le 15 km a trouvé le moyen de se perdre et de faire 6km de plus. Mais le moral est toujours au beau fixe.
Le moment fort de cette journée n'est pas tant l'épreuve sportive mais la séquence émotion qui nous attend au moment du déjeuner dans le village qui nous accueille. Wesley, notre capitaine, remet
officiellement un fauteuil roulant à un jeune handicapé thaïlandais qui jusqu'alors n'avait jamais pu s'en offrir un. Ce dernier, hagard, pose auprès de Wesley pour une photo souvenir, accroché à
son fauteuil comme pour bien réaliser que ce n'est pas un rêve...
3ème étape : 26km. L'organisation nous aura prévenu. Il s'agit d'une des étapes les plus dures, la plus éprouvante étant la dernière. A la mesure de ce que nous avons vécu le premier jour...
Toutefois l'équipe est de plus en plus soudée autour de Wesley et je sens que tous les sept avons préparé ce raid de façon vraiment professionnelle. A mesure que les jours passent, la cohésion et
la puissance de l'équipe est supérieure au cumul des seules individualités. Moi qui d'ordinaire privilégie plutôt le sport individuel, c'est la première fois que je ressens une pareille
sensation. Cette étape prouvera mes pensées. La difficulté du parcours est parfois à la limite du danger surtout dans les descentes qui souvent sont vertigineuses. L'inertie de la joëlette nous
oblige à marcher pour ne pas nous laisser entraîner par la pente instable. Les ascensions, plus de relais, tout le monde est sur le pont en même temps et sans trêve, jusqu'au col qui nous permet
de faire une pause et quelques photos. A plusieurs reprises nous sommes obligés de nous arrêter en pleine pente pour récupérer. Il faut alors mettre la joëlette en travers du chemin et de caler
la roue pour ne pas repartir en arrière. Le profil est simple. Nous partons de 510 mètres d'altitude avec un passage à 1150 mètres pour redescendre à 460. N'oublions pas d'y insérer nos fameuses
descentes Thaï. La dénivelée positive est de 1150 mètres pour l'étape que nous terminons en 4h07.
Le kilométrage de la joëlette marche est revu à la baisse d'un commun accord avec tout le monde.
Le moral est toujours au beau fixe et pas de bobo à déplorer.
4ème étape : 27km. Étape de transition. La joëlette de Rolande notre concurrente directe de Lille, est à 2h13 derrière nous à l'issue de la troisième étape. Cela nous laisse une marge appréciable
qu'il suffit de gérer. En fait, ce n'est pas la compétition qui nous importe de prime abord mais c'est tout de même la cerise sur le gâteau. Alors nous prenons le temps de faire plus de photos,
de discuter, avec de vieilles femmes aux dents gâtées et rougies par le bétel qu'elles mâchent à longueur de journée, le prix de produits artisanaux qu'elles veulent nous vendre au tarif «
touriste ». Nous rions de notre peine à vouloir marchander tout en calculant la conversion de nos euros en baths thaïlandais. Leur peine n'est pas moins grande à vouloir annoncer des prix dans un
anglais aux accents asiatiques. Finalement, la négociation tarde à s'achever et nous repartons bredouilles mais satisfaits de cette rencontre.
En chemin nous dérangeons un beau et gros serpent jaune d'au moins trois bons mètres qui fuit plus effrayé encore que nous. La ligne d'arrivée est franchie en 3h48 avec 585 mètres de
dénivelée.
Le village qui nous accueille, présente la particularité de posséder une ferme d'éléphants. Ces animaux dociles mais imposants nous ravissent d'un spectacle incroyable. Ils s'ébrouent dans la
rivière, jouent au football, peignent même une nature morte pas si morte que ça. Puis nous partons pour une ballade à dos d'éléphants. C'est la force tranquille. Je monte avec Philippe, capitaine
de joëlette au long cours à l'intelligence sensitive extraordinaire et un humour qui force le respect. Après la franche rigolade procurée par les chaos de notre monture, il me dit dans un murmure
enfantin : « tu sais Rico, c'est la première fois que je vis quelque chose d'aussi intense » Je reste sans voix et je pense très fort à mes filles et à ma femme à l'autre bout du monde. S'il me
fallait encore une raison pour être ici, je n'ai plus aucun doute, je sais pourquoi et pour qui je cours.
5ème étape : 24km. C'est la dernière. La plus dure en théorie mais il ne peut plus rien nous arriver. La course est avalée sans broncher. Bon en 3h54 tout de même. Nous attendons que GRAND LARGE
soit au complet et que tous aient franchi la ligne en grand vainqueur et là c'est de la folie pure. La tension tombe et tout le monde s'embrasse, pleure, rit ou pleure, rit et s'embrasse. Enfin
quel que soit l'ordre c'est du pareil au même. On refait la course dans sa tête, oui c'est bien vrai, on l'a fait. GRAND LARGE est arrivé au bout d'un truc qu'on n'aurait pas cru possible si on
avait connu le profil au préalable. C'est la première fois au monde que des joëlettes ont traversé la Thaïlande du nord.
Trop fort...
Voilà c'est fini. La cérémonie de clôture est terminée. Le gagnant du raid qui a fait toute la course en tête dira lors de la remise des prix : « pour moi le vrai gagnant de ce raid ce n'est pas
moi mais les quatre équipe des joëlettes » C'est pas un beau compliment ça ?
Il me tarde de retrouver ma famille. Je les remercie vraiment pour tout ce qu'ils sont et tout le courage qu'ils me donnent. Vite on prend le train de nuit pour rentrer sur Bangkok. On en profite
pour mettre un feu de tous les diables dans le wagon bar, la musique et la bière coulent à flots. Heu... surtout la bière parce que la musique bonjour, mais c'est pas grave, le disque jockey
local monte le son et nous dansons comme des fous. Je lance un nouveau refrain qui va dater dans l'histoire de la musique, sur l'air de « sex machine » de James Brown (le seul morceau valable de
toute la discothèque du bar) :
RAID THAÏ, et la foule en délire répond : get on up
Get up, et la foule en délire répond : get on up
Stay on the scene, like a running machine.
Arrivés à Bangkok au matin, quelques-uns uns d'entre nous décidons de profiter de notre journée avant de prendre notre avion du soir.
Sans le savoir, nous avions une dernière aventure à vivre en Thaïlande.
En route pour Pattaya et bien que nous sachions que la ville ne présente aucun intérêt architectural et historique, l'idée de nous prélasser dans la chaude mer de chine au soleil nous ravit. Le
timing est parfait. Notre guide, Aure, a encore une fois bien maîtrisé son sujet et ses commentaires avisés comme son sourire nous apaisent. Arrivés à Pattaya et sur ses conseils, nous laissons
toutes nos affaires personnelles dans le car sous la garde du chauffeur.
Nous prenons une vedette rapide pour une île au large.
1° alerte. Une vedette à pleins gaz manque de nous percuter de travers et sans le reflex in extremis de notre pilote, l'excursion n'aurait jamais commencé. L'arrière de notre bateau est bien
touché mais le pilote nous dépose sans encombre pour repartir illico régler son compte au chauffard.
La journée se déroule normalement, baignade, farniente, Pendant que l'un se fait manucurer par une créature de ... 65 ans, l'autre se fait délester de quelques baths pour un massage qui n'a de
massage que le nom. Le déjeuner est convivial avec tous les membres du RAID THAÏ qui profitent de leur dernière belle journée. Douche, derniers achats, retour en bateau sans problème mais
toujours à fond. Le car est bien là et part pour l'aéroport dans les temps.
2° alerte. C'est là que Brigitte nous démontre que le sixième sens féminin n'est pas une vue de l'esprit : "Je vais chercher quelques affaires dans la soute pour me changer" nous dit-elle en
souriant. La remontée de la soute est tout sauf souriante, toute couleur a quitté son visage, maintenant d'une blancheur cadavérique. Son sac est toujours fermé à clé mais sa montre d'une grande
valeur a disparu ainsi que son argent et ma montre, qui était également dans son sac. Petit à petit plusieurs personnes se retrouvent dans le même cas. Passée la première fureur de vouloir
défenestrer le chauffeur, Aure nous dit avec raison de ne pas l'alerter et de le laisser au contraire nous mener à destination. Puis elle téléphone à la police pour qu'elle le cueille sur
place.
Le chauffeur quant à lui ne se doute de rien et se traîne lamentablement sur la route, vraisemblablement afin que nous arrivions tout juste à l'heure pour l'embarquement et que nous n'ayons pas
le temps ni l'idée de penser à vérifier nos sacs.
A l'aéroport comme prévu, la police est là et nous filons à l'embarquement.
3° surprise du jour. L'embarquement vient de se terminer il y a tout juste quelques minutes. Impossible d'embarquer. STUPEUR.
4° surprise. Ça vire au mauvais polar. Nous allons à la police du tourisme pour faire notre déclaration. Dans la cabine derrière le chauffeur, un homme hagard se cache avec tout son larcin
matériel. Le chauffeur détient plusieurs milliers de baths que nous supposons être le change des euros dérobés. Encore faut-il le prouver puisqu'il déclare tranquillement avoir gagner au loto. Il
est évident qu'il est le commanditaire du pauvre bougre que tout accuse.
5° le temps s'écoule lentement, très lentement. Nous signons des kilomètres de papiers, formulaires en tout genre. Nous sommes pris en photos en désignant nos biens trouvés sur l'estropié qui
fait pitié. Refaisons notre déclaration. Re-signons des papiers, même en blanc et lorsqu'un de nous craque et s'énerve pour tenter de faire avancer les choses, on nous fait comprendre qu'il
vaudrait mieux pour nous que nous fassions profil bas car avec notre histoire nous mobilisons toutes les forces de police de l'aéroport.
Subitement (au bout de ... 9 heures) la situation se débloque. Le pauvre bougre a sûrement avoué et dénoncé le chauffeur. Nous re-signons de nouveaux formulaires, officiels cette fois ci. Nous
sommes pris en photo debout derrière les fripons menottés en les désignant du doigt.
Nous récupérons nos biens et sommes de retour à l'hôtel épuisés à 2 heures du matin.
Nous arrivons lundi matin après une escale de 11 heures au sultanat d'Oman et un total de 30 heures de voyage.
Une histoire incroyable qu'on pourra raconter pendant longtemps mais qui n'occultera jamais l'expérience merveilleuse que l'on a vécu tous ensemble pendant 10 jours.
Voilà ça c'est fait .
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